La panne de trop...

Publié le par Matthieu & Annaïg

Alors que nous venons de passer Novosibirsk, que la Taiga laisse place pour quelques centaines de km a d’immenses zones humides entrecoupees de forets de bouleaux, un bruit fracassant sort du moteur, accompagne d’une fumee et d’une perte de puissance, suivie du trou noir mecanique… 
Matthieu n’a pas besoin de deculasser sur le bord de la route pour comprendre que le moteur est HS. Le diagnostique sonore ainsi que l’echappement qui ressort par le bouchon d’huile ne laisse aucun doute, le moteur vient de lacher. L’explication est aussi vite trouvee, le moteur a roule sans huile (peut etre toute la journee !!!). Alors que nous verifions les niveaux tous les matins, il faut que ce soit le bouchon du carter qui se soit fait la malle, on ne sait par quel coup du mauvais sort ???

Force est de constater que nous sommes la dans une vraie bonne galere, plantes sur le bord de

la route au milieu de nulle part a 50 bornes du premier bled en pleine Taiga !

Il est hors de question d’arreter le voyage comme ca, on se lance donc dans une seance de stop pour essayer d’etre remorques jusqu’au bled (inutile de dire que les assurances Russes n’ont pas d’assistance !). Sans attendre trop longtemps, c’est une Gazelle (camionette Russe) qui nous prend en remorque jusqu'à une aire de repos/station service (resto routier et garage), mais c’est dimanche et le garage est ferme. Apres renseignement le garage ne repare pas les diesel, la seule possibilite, c’est la ville de Omsk distante de 460 km !!!

En d’autres circonstances, nous aurions peut etre pique une crise, mais la nous avons le fight !! Se faire remorquer sur plus de 450 km etant beaucoup trop dangereux pour etre tente, nous decidons donc de faire appel a la solidarite des routiers de la transsiberienne M51, dont plusieurs sont en pause sur le parking.

Ces mecs ont ete adorables, nous prenant en charge tout du long (cafe, the…) et surtout laissant des appels CB reguliers pour nous trouver un camion allant vers Omsk susceptible de charger notre epave jusque la bas.

Apres 2 heures et demie d’attente, repondant a l’appel, Youra, au volant de son enorme Volvo de 30 tonnes, se pointe sur le parking.

Nous chargeons le merco sur sa remorque de transport de voitures et nous voila parti pour un long trajet en camion…

Nous arrivons a Omsk de nuit, et notre chauffeur ne connaissant pas la ville ni ne sachant si un garage nous accueillerait, decide de nous pousser plus loin jusqu'à Kurgan ou il connaît un garage capable de reparer un moteur diesel. En effet, dans cette partie de la Siberie ou les temperatures en dessous de -30 sont tres regulieres, on utilise tres peu de vehicules diesel, ce dernier carburant ayant la facheuse tendance a geler contrairement a l’essence !!
Nous ferons donc un trajet de plus de 1200 km avec Youra au volant, Annaig et Dima (le collegue de Youra) sur la banquette arriere (le lit de cabine en fait) et Matthieu en passager. Pas que nos amis soient machistes, mais juste parce que ce que fait Youra est illegal (prise de passagers et d’un fret non prevu dans le carnet de route) et il prefere avoir Matthieu a ses cotes pour negocier au cas ou avec la milice. Un long trajet tres sympathique perches a plus de 3,5 m de haut (beau point de vue sur les paysages) avec des moments cocaces comme a chaque passage de controle de police, ou Annaig et Dima doivent se chacher derriere le rideau de cabine pour ne pas etre vus. Partis en debut d’apres midi, nous arrivons le lendemain matin a Kurgan, tout ce trajet entrecoupe de pauses pipi et dejeuners et meme d’une bonne douche dans un motel de routier. Gobi reste quant a lui dans le merco perche a l’arriere fait preuve d’une patience irreprochable !!!
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Au petit jour, nos anges de la route nous deposent devant le garage susceptible de nous venir en aide. Avant l’ouverture, Matthieu decouvre parmi les voitures a l’abandon devant le garage, une mercedes 240D d’une vingtaine d’annees. Nous tenons peut-etre un espoir car cette voiture a normalement le meme bloc moteur que notre camion.
Un moteur et ca repart…
A l’ouverture et apres un quiproquo lie a l’incomprehension linguistique, nous voila pris en charge de A a Z par l’equipe adorable du garage. On nous appelle meme une prof de Français de l’universite de Kurgan (Oxana) pour faire la traduction. Le proprio de la 240D dont le moteur tourne a merveille est enclin a nous vendre le moulin a un prix correct (ca y est, cette fois on ne mange plus que des patates…).undefined
Nous logeons, pendant les reparations, chez Gleb, le directeur de ce complexe mecanique et sommes prix en charge pendant les journees par deux etudiantes de Français (Vassilissa et Ksusha). Programme charge, avec nos premieres conferences sur le voyage dans les universites de la ville (Sciences/Histoire-Geo et Langues etrangeres), nous avons meme le droit a une interview televisuelle, visite de la ville…etc
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Pendant ce temps, le moulin de la 240D est demonte…
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Et notre camion abandonne bientot le sien…
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Le pauvre finira meme par en perdre la tete…
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Le demontage, remontage, reglage et calage du moteur sera realise en moins de 2 jours, un record !! Nous sommes presses par le temps car nous devons passer la frontiere absolument le 26 soit 5 jours pour faire 2650 km (ce qui est jouable, mais plus le droit a l’erreur…).
Nous n’avons du coup pas trop le temps de faire de l’ornitho, seulement de contacter les especes presentes dans la zone humide en lisiere forestiere, pres du garage : Pipits a dos olive, les premiers Pipits a gorge rousse, Mesanges azurees, Pouillots de Siberie… et quelques Robins a flancs roux dans le parc de la ville.
Ce deboire mecanique qui aurait bien pu etre la fin du parcours s’est tranforme en une magnifique experience humaine avec la rencontre de gens adorables et genereux.
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Nous devons reprendre la route avec cette fois un moulin qui tourne comme une horloge.
Nous retraversons encore d’immenses zones humides ponctuant la taiga et les eternelles forets de bouleaux. Nous traverserons meme une immense roseliere s’etalant jusqu'a l’horizon de part et d’autre de la route sur plus de 250 km !!!
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Les mesanges azurees sont omnipresentes dans ces milieux et on ne s’en lasse pas…
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…ainsi que le Pouillot de Siberie dont les individus sont differents de ceux de l’est Siberien (Baikal), de la Mongolie et du Nord-est Kazakh (teinte et cri dont la note n’est pas tout a fait la meme). Nous ne sommes pourtant pas encore aux Monts Oural avec les possibles fulvescens et/ou intermediaires avec abietinus (a l’ouest de l’Oural)…
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…et quelques Aigles criards encore en vadrouille…
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Et une surprise avec 3 Mesanges bleues dans une ronde d’une vingtaine de Mesanges azurees. Surprise car l’observation a ete faite a environ 66° de longitude est, ce qui est plus oriental de ce que nos guides (Madge & Beaman, Tits Nuthatch and Treecreeper…) donnent pour la limite de repartition de l’espece (dispersion automnale ???). Nous avons fait bien attention, mais aucune Mesange de pleske ne sera observee dans le groupe ni ailleurs.
 
La traversee des Monts Oural nous rapproche definitivement de la France et nous passons un continent pour entrer dans l’ouest palearctique. Cette chaine de montagnes (pas tres elevee) est magnifique, alternant cols et vallees humides encaissees dans un decors forestier aux couleurs de feu avec l’arrivee de l’automne. Quelques haltes et bivouacs nous permettent d’ajouter deux nouvelles especes avec la Grive doree et l’Accenteur montanelle. Nous sommes bientôt aux 500 especes d’oiseaux observees depuis le debut du periple il y a 7 mois !!
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Apres les monts Oural, c’est la riviere Oural que nous avons longe et traverse, bordee d’immenses zones humides.
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Nous retraverserons la Volga pour nous diriger rapidement vers la frontiere Ukrainienne, date butoire de Visas oblige !
Apres avoir evite une belle amende a la douane Russe pour faute de non enregistrement (il faut logiquement s’enregistrer tous les trois jours), nous passons en Ukraine ou les ennuis commencent. 6 heures d’attente a la douane a cause de notre yourte. Mais au jeu de con, con et demi, nous sommes devenus tres forts et les douaniers se souviendront de notre scandale, d’Annaig jouant de l’accordeon au poste de douane et de notre obstination !! Nous devrons quand meme payer une caution qu’ils nous rembourseront a la sortie du pays. Seul probleme, nous ne pourons pas trainer en Ukraine car nous n’avons que 5 jours pour retrouver cette fameuse caution. Pfiii…
Une rapide pause a Kharkiv pour reactualiser le blog et nous tracons vers Kiev en evitant Tchernobyl !!!
 
Sinon, bravo, nous voyons que vous etes toujours au taquet et que vous n’etes pas tombe dans le piege. Dans le dernier article, evidemment, il ne s’agissait pas d’un Bruant nain en photo mais bien d’un premiere annee de Bruant masque.
En fait il ne s’agissait pas d’un piege mais bel et bien d’une bourde, pas dans le choix de la photo, mais dans le texte. C’est le Bruant masque qui est est l’espece de bruant majoritaire et tres regulierement rencontree dans cette region de Siberie. Les Bruants nains (en migration vers leurs quartiers d’hiver asiatiques) n’ont ete observes qu’en petit nombre (max de 2 a 3 individus a chaque fois)… Desole pour ce lapsus, vite corrige par les yeux avertis des copains (Marc, Seb, Phiphi…).
 
Et une derniere fois, encore merci pour votre soutien, nous ne nous en serions cette fois sans doute pas sortis sans vous, esperons que le retour ne se fera a present sans plus d’anicroches !!

 

Publié dans temujin

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Marc Duquet 04/10/2007 12:06

En regardant à nouveau toutes vos belles photos, je me pose une question : vous avez eu du soleil presque tout le temps ou je rêve ?

Bon c'est vrai que les paysages de Mongolie sous la pluie ça n'aurait pas aussi bien rendu sur le blog, mais là c'est impressionnant !

Vous êtes où maintenant ?

Bises

Marc

Anthony 04/10/2007 10:22

Coucou,
Alors moi ce que j'admire, ce qui m'épate, ce qui me bouleverse et m'interroge dans tout ça : c'est d'imaginer que vous fassiez tout ces kilomètres, que vous affrontiez tous ces challenges Kusturicaesques.... que vous ayez vu tous ces paysages, rencontré tous ces gens, vue tous ces oiseaux......
...... pour revenir en Vendée :-O
En tout ne le dites jamais à Gobi (qui ne doit pas encore le savoir ) au risque de le voir repartir à fond les ballons sécher tout sec et tout seul au milieu de son désert (Kaï Kaï Kaï) !
Sérieux : merci pour ce blog magnifique ;-)
Anthony du 44
 
 

Julien 03/10/2007 17:38

Salut les Biloutes!
Encore chapeau bas, c\\\'est grandiose.
Lucie me demande de vous demandé si vous avez bien tous les papiers notamment le pasport pour Gobi, parce que en Europe ils vont être plus chiant? Dans tous les cas elle peut vous faire des papiers et autres docs s\\\'il faut...
Profitez en bien, car ici à part Auré qui déchire à Ouessant, c\\\'est pas la fête du slip!
rentrez bien.
Bise.
Julien et Lucie

tiss 02/10/2007 18:01

Formidable, biensur et tout simplement a la hauteur de ce que vous êtes.
Nous vous attendons hativement.
Bonne fin de voyage, attention à vous.3...

Nyls de Pracontal 02/10/2007 17:30

Salut les copains,Quelle aventure !C'est un bonheur  de vous suivre dans ces magnifiques paysages et de vous savoir en forme.L'équivalent outre atlantique tous tenterait il ?Bises à vous deux et à bientôt par chez vousNyls